13/11/2012

Manuel Valls dans l'oeil du cyclone

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Parution de mauvais chiffres sur la délinquance. Problèmes...

Comme dans un mauvais film, les mêmes évaluations reviennent semer le doute sur le front de la délinquance. C'est le Figaro qui monte au créneau sur ce thème et c'est la droite qui exploite immédiatement ces chiffres basés sur les statistiques du ministère de l'intérieur: les violences contre les personnes ont augmenté de 9%, les atteintes aux biens de 8%, les infractions économiques et financières de 18% en octobre 2012 par rapport à la même période en 2011.

Manuel Valls a le bon goût de ne pas contester ces chiffres. Mais il parle de réformer l'appareil statistique. Effectivement, il est difficile de voir, actuellement, si ces données statistiques reflètent une dégradation sur le terrain ou... l'activité des services de police et de gendarmerie.

Prenons justement l'exemple des infractions économiques et financières qui auraient augmenté de 18%. Ces délits en général ne "gênent" directement personne: des agressions dans la rue sont généralement suivies de plaintes alors que des abus de biens sociaux passent par exemple souvent inaperçus au moins dans l'immédiat. En revanche, si les services de la répression des fraudes, des impôts, des douanes, des sections financières de la police judiciaire (etc) se déchaînent, on va assister à une augmentation des interpellations. Et d'ailleurs, mécaniquement, les affaires découvertes vont forcément en entraîner d'autres... D'où une "augmentation" de la délinquance financière et économique qui ne traduit en réalité que l'augmentation de l'activité des services concernés.

Nous répétons bien sûr que ces considérations ne concernent pas "toute" la délinquance. Notamment les agressions contre les personnes, les cambriolages, la délinquance de rue qui -à moins qu'on décourage le dépôt des plaintes- qui se traduisent immédiatement constatables pour les plaintes ou les constatations en flagrant délit par la police ou la gendarmerie.

Cependant, un autre secteur important de la délinquance est concerné directement par la confusion entre les faits réels et l'activité des services: c'est l'énorme part de lutte contre la délinquance liée au trafic de stupéfiants. Là non plus, en général, il n'y a pas de plaintes. Certains policiers pourraient même prétendre que, lorsque les dealers tiennent en main une rue, un quartier ou une barre d'immeubles, la délinquance apparente sur place baisse: pas question par exemple de faire des rodéos avec des voitures volées qui attireraient immanquablement la police.

A Lille par exemple, on constate actuellement une activité très forte de la police et de la justice qui tentent par tous les moyens de déstabiliser le trafic de stupéfiants qui s'est installé notamment dans les quartiers sud de la ville. Il ne fait pas de doute qu'au final cette activité, qui fait baisser la pression voulue par les trafiquants, va se traduire paradoxalement statistiquement par une hausse des délits constatés!

Manuel Valls va donc se retrouver dans l'oeil du cyclone: très engagé dans la lutte contre la délinquance, on va lui demander des comptes à lui personnellement. Et, là, c'est complexe: il est impossible de répondre, par exemple, que, dans un pays économiquement en crise, la délinquance ne peut guère baisser, elle ne peut être que contenue...

Didier Specq

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